retour

 

Accouchement d'un bébé anencéphale

 

C’est dans le cadre de mon travail de sage-femme à la maternité du CHUV, que j’ai entendu parler de la situation de la famille J. Le couple désirait mener la grossesse de leur bébé anencéphale à terme. Le médecin qui les suivait en a informé le personnel de la salle d’accouchement en des termes qui induisaient le respect.

Dans la charte des hospices, on peut lire dans les droits et devoirs des collaborateurs : « ils ont le devoir de travailler dans le respect des règles éthiques et déontologiques, de pratiquer le respect mutuel et la coopération... » Et des patients : « ... ils ont le droit de recevoir des soins appropriés dans le respect de leur personne, de leurs valeurs morales, culturelles et spirituelles et de collaborer à leur traitement... »

A une époque où la « norme sociale » va dans le sens d’interrompre la grossesse lors de pathologie grave du foetus, la demande de ce couple a été pourtant entendue et respectée. La prise en charge de cette situation s’est faite dans l’esprit des valeurs promues dans la charte des hospices.

 

Madame J. a été provoquée le jour de terme selon sa demande. Il est rare que l’accouchement d’un bébé anencéphale se déclenche spontanément. Il semble que « le foetus participe au déclenchement du travail par l’intermédiaire de son hypophyse et de ses surrénales comme tendent à le prouver les prolongements de la grossesse chez les anencéphales dont ces glandes sont à l’état d’atrophie » (Précis d’obstétrique, R. Merger, J. Lévy, J. Melchior, Mosson, 1985)

 

Le travail s’est rapidement mis en route et nous avons accueilli Madame J. en salle d’accouchement dans l’après-midi alors qu’elle était déjà à 7 cm de dilatation. Elle nous a donné des petits bonnets de différentes tailles à mettre à son bébé avant de le lui donner dans les bras. Elle a mis au monde son bébé en présence de 2 sages-femmes et de 2 médecins dans un climat d’intensité et de calme « religieux ». J’ai pris son bébé sur le chariot de réanimation pour la sécher et lui mettre son petit bonnet. Elle respirait spontanément. J’ai pu rapidement la donner à sa mère.

 

L’accueil de cette enfant m’a impressionnée. Elle a été regardée comme un nouvel être à découvrir, alors même que ses parents savaient qu’elle allait mourir. Je propose quelques hypothèses d’explications à cet accueil :

 

 

 

 

 

 

Après quelques temps, ce sont les frères et soeurs qui sont venus voir le bébé. Leur père a été les chercher dans la salle d’attente et les a amenés vers leur mère. Il y avait de leur part une certaine appréhension, surtout de l’aînée, mais les enfants n’oublieront certainement jamais l’accueil que leurs parents lui ont fait. Cette expérience participera à la construction de leur représentation de handicap. La vision de leur sœur handicapée leur permettra aussi d’intégrer cet événement plutôt que de le vivre dans un climat de mystère, de non-dit déstabilisant et générateur de fantasmes.

« Le corps est le point d’ancrage dans la réalité. Voir le corps, c’est donner un visage à la perte. C’est l’inscrire dans une histoire. Le corps qui n’a pas été vu laisse une impression flottante » (profil femme, p.29 nr et date inconnues).

 

Plusieurs photos de l’enfant, seule et avec sa famille ont été pris. Elles permettront à chacun de garder un souvenir tangible.

 

Madame J. a gardée son bébé dans ses bras presque tout le temps passé en salle d’accouchements. Au bout de deux heures, environ, elles ont été dans une chambre à l’étage et c’est là que quelques heures plus tard, au petit matin, cette petite fille est morte à côté de sa mère.

 

Pour l’équipe soignante, cette situation, bien que pathologique et triste, a été vécue intensément mais sereinement grâce au respect des sentiments et des convictions de cette famille propice à l’accueil de la différence.

 

Anne Michaud, sage-femme

Epalinges, le 28.02.2001

retour

 

 

deutsch | français | english | nederlands | español

 webmaster

©Copyright 2000-2004 www.anencephalie-info.org