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Caleb

30.3.1999

C’était le 21 juillet 1998, quand j’ai découvert que j’étais enceinte ; c’était le plus beau jour de ma vie. J’étais tellement contente car je voulais vraiment un bébé même si je n’essayais pas vraiment. Je pense que je le savais déjà, mais je n’étais pas sûre, car mes règles n’avaient jamais été très régulières. J’était si excitée et contente, la seule chose que je pouvais faire était pleurer. J’ai fait un test de grossesse à la maison et ne l’ai premièrement pas cru ; alors j’ai appelé une amie qui m’a dit que les tests de grossesse sont très fiables. J’ai immédiatement raccroché le téléphone, j’ai agrippé le test de grossesse positif et j’ai conduit jusqu’au lieu où mon fiancé travaillait. Il était si content, nous l’étions tous les deux, nous allions avoir un bébé. Je suis allée voir mon docteur le lendemain et il a confirmé la grossesse. J’en étais à 6 semaines, en bonne santé…tout était génial.

Le mois de septembre est arrivé, avec le temps de ma première échographie. J’étais si excitée de finalement voir mon bébé. Bien sûr, nous n’avons pas vu grand chose parce qu’il était encore si petit, mais ce que nous avons vu a fait bondir mon cœur et nous avons entendu son cœur battre. La semaine suivante, je devais aller voir mon docteur pour connaître les résultats de l’échographie (ils vérifiaient les mesures du bébé). Il m’a dit qu’ils avaient vu un trou au sommet de la tête du bébé, mais il me dit de ne pas m’inquiéter, qu’il se pourrait que ce ne soit qu’une ombre ou peut-être même une tache. J’étais effrayée mais je ne me suis pas laissée déranger car j’étais décidée à avoir un enfant en bonne santé et ne voulais me laisser décevoir par rien au monde. Cependant, je me posais toujours la question si c’était vraiment anodin. Mon docteur dit que quand le bébé serait un peu plus grand, nous ferions une autre échographie. J’ai pensé que c’était bien comme ça et j’ai commencé gentiment le chemin de la grossesse.

Octobre est bien arrivé et j’étais enceinte de 16 semaines. C’était le moment de l‘AFP-test, pas de problème, après tout, c’était juste un autre test sanguin. J’ai attendu deux semaines ou plus avant d’aller chercher les résultats. Mon docteur m’a demandé de revenir à son cabinet afin qu’il puisse me donner les résultats, qui n’étaient pas ce qu’une femme enceinte souhaite entendre. Les résultats étaient anormalement hauts, ce qui pouvait signifier plusieurs choses : soit le terme avait été mal calculé, soit la grossesse était multiple, soit le bébé avait une spina-bifida. Nous savions au moins que je n’avais pas des jumeaux. Mon docteur a fixé un rendez-vous à la clinique de Savannah pour moi et mon fiancé Jason afin de recevoir des conseils génétiques et faire des tests plus approfondis. J’étais effrayée, je ne pouvais pas croire que ça nous arrivait à nous. Je savais dans mon cœur que quelque chose n’allait pas et tout ce que je pouvais faire était prier.

Le 28 octobre nous sommes allés à Savannah. Nous n’oublierons jamais ce jour, le jour où nous avons découvert que notre petit bébé ne pourrait pas vivre. Le jour avait cependant assez bien commencé, malgré le fait que j’étais effrayée et presque sûre que les nouvelles qu’ils allaient nous donner ne seraient pas bonnes. Nous sommes allés là-bas et avons parlé à la généticienne. Avant qu’elle ne finisse de parler, je pleurais, et elle dit qu’il était possible que notre bébé ait un défaut de naissance. Ni Jason, ni moi n’avons d’antécédents familiaux dans ce domaine, et je ne comprenais pas comment cela pouvait se passer. Nous avons finalement eu notre échographie à haute résolution et c’est là que les docteurs ont confirmé que notre bébé avait l’anencéphalie. Un défaut qui a lieu dans les premiers mois de grossesse, et auquel il n’y a pas de cause connue et pas de moyen de prévention. L’anencéphalie est un défaut du tube neural où la colonne vertébrale ne se referme pas à la base du cou. Ces nouvelles, bien sûr, ont été très dures à accepter pour nous. Je voulais juste m’en aller et être seule avec Jason et notre précieux enfant. Le conseiller nous a demandé si nous voulions mettre un terme à la grossesse. J’ai immédiatement dit qu’il n’en était pas question, que je voulais garder mon bébé en sécurité à l’intérieur de moi jusqu’à ce qu’il soit temps pour lui de s’en aller.

C’était peut-être égoïste, mais je l’aimais profondément et l’aime toujours beaucoup. Jason et moi sommes rentrés à la maison et avons pleuré dans les bras l’un de l’autre. C’était sans espoir, il n’y avait rien que je puisse faire pour sauver notre bébé, je me sentais si petite, comme si le monde se refermait autour de moi. Nous l’avons dit à nos familles et ils ont eu le cœur aussi brisé que nous, et nous ont soutenu dans notre décision de mener la grossesse à terme, ou du moins d’essayer. Nous avons découvert, en cet horrible jour à Savannah, que notre bébé était un garçon, enfin une bonne nouvelle, et nous avons décidé de le nommer Caleb Michael, ce qui signifie courageux et cela lui allait parfaitement. Les premiers mois après avoir découvert l’anencéphalie de Caleb, nous avons passé la plupart du temps à nous lamenter. Je voulais mon bébé tellement fort, et je ne savais pas si je pouvais vivre sans lui. Nous en sommes vite arrivés au point où je ne pouvais plus du tout pleurer et j’ai commencé à tirer le meilleur de ma grossesse. Je jouerais avec mon petit bébé alors qu’il serait à l’intérieur de moi, je lui chanterais des chansons. Je pensais dans mon cœur qu’il pouvait nous comprendre, et peut-être que c’est stupide, mais je crois vraiment qu’il le pouvait. Mon amour pour cette petite vie que Jason et moi avions créée grandissait de jour en jour. J’était tellement impatiente de voir son petit visage mais j’en avais aussi peur, parce que je savais qu’il ne vivrait pas longtemps, voir pas du tout. Mon terme était le 3 avril. J’étais à la fois excitée et effrayée. Je n’avais pas la moindre idée de ce qui allait se passer : c’était notre premier bébé. Alors que le terme approchait, nous avons décidé de choisir un petit costume pour lui. Après tout, ce serait le seul costume dans le lequel on le verrait. Mes parents étaient sensés nous rejoindre le 27 mars et rester pour quelques jours après que le bébé soit né. On n’arrêtait pas de caresser mon ventre et de lui dire d’attendre que ses grands-parents soient là. Et c’est ce qu’il a fait, puisque le 29 mars, juste deux jours après que mes parents soient arrivés, vers trois heures de l’après-midi, le travail a commencé. Je suis restée à la maison jusqu’à environ 8h30 ce soir-là, et j’ai finalement dû aller à l’hôpital. J’avais été dilatée de deux cm pendant deux semaines et étais toujours seulement à deux cm. Je n’ai pas perdu les eaux et le docteur a dû rompre la poche pour moi à midi le lendemain. Le travail a été très long et fatiguant. Grâce aux analgésiques, j’ai réussi à dormir quelque peu. Les infirmières avaient aussi mis de la pitocin dans mon intraveineuse pour accélérer la dilatation et à environ une heure de l’après-midi, j’ai essayé de pousser. J’ai poussé pendant une heure et ne pouvais pas pousser plus. J’étais tellement fatiguée que je n’arrêtais pas de m’endormir et, bien que j’aie eu l’impression de dormir des heures, seulement quelques minutes s’écoulaient et je me réveillais avec une autre contraction. Mon docteur a décidé que notre bébé ne sortirait pas à moins qu’on lui vienne en aide, et a décidé d’essayer d’utiliser des forceps. La dernière chose dont je me souvienne est l’anesthésiste venant avec des seringues. Je lui ai demandé si ça me rendrait malade. Il a dit que non. Depuis là, je ne garde aucun souvenir. J’étais endormie mais continuais à parler. Ils me disent que je parlais de chatons, mais je ne me rappelle de rien. Les forceps n’ont pas été efficaces pour aider le bébé à sortir. Ses épaules étaient trop larges et le docteur a dû le sortir avec ses mains. Même ainsi, il a eu de la peine à l’attraper car sa tête était plate sur le dessus. Tout ce qu’il pouvait attraper était le visage du bébé. Finalement, à 14h05, notre Caleb était né. Il pesait 3kg et mesurait 46cm. Notre précieux fils avait aussi péri lors de son long voyage hors de mon corps. Je ne me suis réveillée que 45 minutes après la naissance. Ma mère était en train de me demander si je voulais tenir mon bébé. Je n’avais même pas encore réalisé qu’il était déjà né, à cause des médicaments. Cela a été d’abord dur pour moi de le tenir, ce qui m’a vraiment frustrée. J’avais besoin d’avoir le plus de temps possible avec mon petit ange.

Je n’en revenais pas comme il était beau. Il était si grand, avec de tellement grandes mains, et des joues potelées, je ne pouvais croire que ce précieux bébé venait de moi. Nous avons obtenu de pouvoir tenir notre bébé pendant 4 heures avant d’appeler les pompes funèbres. Un pasteur de l’église baptiste a dit une bénédiction. Nous avons pris des tas de photos. C’était génial d’avoir eu ce temps avec notre fils. Une personne a pris notre bébé et je suis allée dans ma chambre, c’était comme un rêve pour moi. Je n’avais pas encore saisi que Caleb était vraiment parti. Cela m’a fait mal quand le temps est arrivé de quitter l’hôpital et que je n’ai pas eu de bébé à ramener à la maison. J’ai pleuré et pleuré. C’était injuste. Je ne pouvais pas quitter l’hôpital sans prendre mon bébé avec moi. J’ai quitté l’hôpital complètement vidée : sans bébé, sans ventre bombé. Qu’allait-il advenir de moi ? La cérémonie funèbre a eu lieu ce jeudi. Je n’ai jamais eu le cœur aussi brisé de toute ma vie. Nous l’avons fait incinérer et ses cendres ont été mises dans une urne en forme de chérubin que nous gardons maintenant dans notre salon pour qu’il puisse être toujours avec nous. J’ai toujours mes mauvais jours, quand je ne peux me le sortir de l’esprit. J’aimerais mieux l’avoir avec moi, mais je sais que là où il est, je n’ai pas besoin de me faire du souci à son sujet. Il est très aimé de tout le monde. Il a fait une telle différence dans ma vie, il m’a fait réaliser l’importance de la vie, pas seulement de la vie des bébés, mais de toutes les créatures vivantes. C’est vraiment un ANGE.

Jessica

Site Internet en anglais avec possibilité de contacter les parents

Dernière mise à jour de cette page: 25.09.2007