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Moriah Faith

27.2.1997

Durant l’été 1996, j’en étais à ma onzième semaine de grossesse. Doug et moi avions perdu notre premier bébé par une fausse couche sans en connaître la cause, mais allions avoir 9 enfants précieux et en bonne santé dans notre maison - allant de 13 à 1 an. Comme nous adorions tous les bébés et aimions avoir un bébé à cajoler et observer leur développement, ce bébé était très attendu et désiré, comme tous nos enfants précédents. Nous croyons fermement que chaque enfant a un destin précis et étions curieux de voir comment la destinée de ce bébé allait se développer durant sa vie.

Il y a une allégorie que j’aimerais partager avec vous et que j’ai racontée à nos enfants avant la naissance de chaque bébé.

« Vous avez découvert que vous allez recevoir un cadeau de Quelqu’un de très spécial qui sait toujours vous envoyer le cadeau parfait pour vous. Alors que vous commencez à vous réjouir de recevoir le cadeau, vous commencez à imaginer à quoi va ressembler le paquet. Comme vous savez que le cadeau sera unique et spécial, vous vous attendez à ce que l’emballage soit tout aussi spectaculaire que le cadeau à l’intérieur. Cependant, si vous voyez que le paquet n’est pas comme vous vous l’étiez imaginé, même si c’est premièrement une déception pour vous, est-ce que ça vous décourage d’ouvrir le paquet pour découvrir ce qu’il y a à l’intérieur ? Non. Vous avez une confiance absolue dans le Donneur, aussi bien que vous sachiez que la vraie valeur du paquet est à l’intérieur, et votre intérêt pour le paquet continue. Vous chérissez la joie du cadeau au temps où il est supposé vous bénir, et qui avait été prédéterminé pendant le choix du cadeau. »

Je vous fais confiance d’avoir fait les associations avec le fait de recevoir un bébé de Dieu et de découvrir ensuite que le corps du bébé n’est pas à l’image que votre imagination a créée. Cependant, l’esprit de votre bébé est ce qui fait de lui une création spéciale. (C’est l’esprit qui a le plus grand potentiel d’être une bénédiction pour vous. La plupart des cadeaux n’ont pas une durée de jouissance illimitée.) En réalité, quelques-uns sont momentanés mais celui qui détermine la durée est celui qui fait le don.

La première indication qu’un sujet d’inquiétude pouvait exister est venue après environ 25 semaines, quand je me suis souvenue que ma thyroïde avait enflé à un moment qui semblait coïncider avec le début de la vie du bébé. J’ai réalisé que ceci aurait pu être une indication de quelque chose d’anormal dans le développement du bébé. Vers la 28e semaine, j’ai commencé à me sentir mal, à tel point que je devais sauter le repas du soir, et je savais qu’il était trop tôt pour devoir prendre de telles mesures.

Comme j’avais eu cinq accouchements réussis à la maison, j’envisageais à nouveau une naissance à domicile. Quand j’ai visité ma sage-femme la première fois, je lui ai parlé de mon état. Elle me dit que si j’allais faire une échographie, il faudrait faire attention au cœur et à son développement, car un problème pourrait être révélé à ce niveau. Elle a remarqué une grande quantité de liquide amniotique, mais la mesure de l’utérus ne montrait pas de résultats anormaux, comme j’avais normalement de gros bébés. Au rendez-vous suivant, à environ 32 semaines, j’ai signalé que je savais que le bébé était très haut ( il semblait que mon estomac était poussé vers le haut et de côté, et il pressait douloureusement contre un muscle dans mon dos si je mangeais ou buvais trop. Elle l’a confirmé durant l’examen et dit sans s’alarmer qu’il semblait un peu étrange de sentir le bébé si haut. Ce soir-là, je ne pouvais chasser le sentiment qu’il devait y avoir des raisons précises à cet état, mais dans mes connaissances limitées, tout ce que je pouvais envisager était la possibilité d’un problème au niveau du placenta (placenta previa). Sachant que ceci empêcherait une naissance à domicile, nous avons pensé qu’il était temps pour une échographie. Nous avons contacté un ami cher pour faire la procédure, de sorte que lui et sa femme ont été les porteurs de la pénible nouvelle que notre fille avait l’anencéphalie. Ils ont partagé notre choc initial et notre peine et prié avec nous.

Notre sage-femme a été appelée (elle avait manqué le diagnostic, car elle n’avait jamais eu de patient avec cette maladie auparavant). Elle n’avait qu’une connaissance limitée de la polyhydramnios, qui est une production excessive de liquide amniotique accompagnant les grossesses où le bébé n’a pas le reflex d’avaler (polyhydramnios n’accompagne pas obligatoirement toutes les anencéphalies, et peut aussi survenir lors de grossesses non anencéphales). La première information que nous avons reçue ne nous laissait que très peu d’espoir, c’est pourquoi nous avons été très encouragés quand nous avons reçu les informations de l’Anencephaly Support Foundation (asfhelp), qui semblaient pouvoir nous laisser un peu plus d’espoir. Nous étions si reconnaissants d’être entourés d’une sage-femme chrétienne, d’un docteur venant d’un arrière-plan très « pour la vie », et de familles et amis qui étaient d’accord avec nous sur le fait qu’il fallait prendre soin de cette vie aussi longtemps que Dieu la maintiendrait (nous n’avions aucune envie de mettre un terme à sa vie avant le temps de Dieu). Nous croyions que, bien que Moriah ait une capacité mentale limitée, elle avait un esprit actif qui était capable de recevoir et de reconnaître notre amour pour elle. Et bien qu’il semble que la mort surviendrait, quel que soit le moment de la naissance, nous avions besoin de la certitude que le temps ait été donné à chacun, et à chaque but pour la vie de Moriah d’être accompli. L’inconfort dû au polyhydramnios devait être une préoccupation minimale : le temps que Moriah allait passer avec nous devait être chéri.

Nous savions, en apprenant l’existence de ce défaut fatal, que notre bébé s’appelait Moriah Faith. Quand nous avions d’abord parlé de prénoms, Doug avait dit qu’il nous rappellerait Genèse 22, et comment Dieu pourvoit. Mon commentaire avait été de me demander si cela impliquera qu’il y aurait un test en jeu. Nous ne pensions pas que nous devions laisser de côté tous nos désirs pour la vie de Moriah, mais ça faisait partie de cette histoire de la Bible. Nous avons commencé à mettre notre confiance dans la grande sagesse de Dieu et avons commencé à observer les choses pour lesquelles Dieu allait pourvoir au travers de cette expérience.

Nous nous sommes alors rendu compte que ce que nous pourrions donner à Moriah serait limité, mais nous étions submergés par le désir de lui donner tout ce que nous pourrions pendant que nous le pouvions. Une chose que je pensais possible de lui donner était une joyeuse atmosphère. Le chagrin devrait venir plus tard (ce devait être le temps où Moriah devait savoir que je me réjouissais de l’avoir avec moi.) C’était déjà assez dur pour moi de savoir que le temps que Moriah allait passer avec nous serait court. Il était trop dur pour moi de trier les habits de bébé de nos aînées, alors nous avons acheté quelques habits pour tenir Moriah au chaud plus tard. Notre présence et notre chaleur seraient le don de notre amour si elle devait passer du temps avec nous.

La première consolation des Ecritures est venue quand un très cher ami a été conduit à m’amener au Psaume 16. Dans ce chapitre, deux versets sont devenus très importants pour moi, en tant que clés de ce qui allait être un gain au travers de toute cette expérience. Le verset 5 dit : « O Seigneur, tu es mon héritage », (j’espérais gagner plus du Seigneur dans ma vie). Le gain pour Moriah semblait être révélé dans le verset 11 : « Dans ta présence est la plénitude de la joie, à ta droite sont les plaisirs éternels ». Pour Moriah, le gain du ciel serait une expérience totalement merveilleuse.

Les cinq semaines entre la découverte de l’état de Moriah et sa naissance se sont déroulées principalement en étant assise sur mon lit, dirigeant les activités de mes enfants. Ma mère était venue pour aider tant qu’elle pouvait, ce qui a été une nécessaire et merveilleuse provision pour nous. Alors que la question que se posent la plupart des parents à ce moment de la grossesse est le sexe du bébé, notre inquiétude silencieuse était de savoir, si notre bébé naissait vivant. Nous ne pouvions pas être trop démonstratifs concernant cela, car, nous réalisions que c’était totalement en dehors de notre contrôle.

La sage-femme et le docteur continuaient à donner leur appui pour une naissance à domicile. La polyhydramnios avait provoqué deux commencements de travail précoces, ce qui nous avait donné l’espoir que le travail allait se déclencher de lui-même. D’abord, j’avais de la crainte, de la peur, et un sentiment de noyade en pensant devoir passer au travers du travail et de l’accouchement, et il semblait qu’il y avait tant de variantes dans la fin de notre histoire. Ensuite, j’en suis venue à réaliser que Dieu avait déjà travaillé au comportement de Moriah et j’ai reçu la promesse que le travail et l’accouchement seraient tendres et doux pour Moriah. Ca m’a donné le réconfort et la force dont j’avais besoin pour passer par là. Cependant, ma santé et celle du bébé restaient des préoccupations. L’extension de mon utérus due à la polyhydramnios est devenue un facteur déterminant pour savoir combien de temps permettre à la grossesse de continuer si le travail ne se déclenchait pas de lui-même. Le vendredi après le terme, ceci est devenu un problème sérieux, avec le fundus de l’utérus (bord supérieur de l’utérus) mesurant 45 cm. Personne ne semblait savoir quelles étaient les normes de sécurité, mais tous s’accordaient pour dire que plus l’utérus était tendu, plus les risques étaient grands lors de l’accouchement. La sage-femme et Doug ont décidé qu’il était temps d’essayer des inducteurs naturels pour le travail, espérant que nous pourrions gagner le contre-la-montre avant qu’il ne soit plus possible d’avoir une naissance à domicile. Deux nuits avec deux inducteurs différents n’ont amené aucun progrès à la dilatation du col.

Le samedi, plusieurs de mes amis sont venus chez moi pour une visite surprise au bébé. Je savais que certains avaient proposé d’acheter une petite robe pour Moriah, alors ouvrir les paquets qu’ils avaient apportés était aigre-doux. Je savais que ce serait ce que Moriah porterait quand elle serait enterrée et que ce temps était très proche. Deux couvertures avaient été faites et offertes, l’une d’elles par ma mère et ma tante. La triste pensée m’est alors venue que la plupart passeraient moins de temps avec Moriah qu’ils n’en avaient passé à préparer son cadeau. J’ai tellement apprécié toutes les choses qui ont été faites avec l’espoir que nous aurions du temps à passer avec Moriah.

Le lundi après-midi, le fundus mesurait 48 cm, un cm de plus par jour, au lieu de la norme d’un cm par semaine. Notre docteur a pensé qu’il était temps pour une provocation hospitalière. J’avais tant espéré que le travail commencerait naturellement que je pouvais avoir l’assurance que tout avait été fait dans le temps de Dieu. Quand je suis allée à l’hôpital, mercredi matin, le fundus mesurait 53 cm, soit 5 cm de plus en un jour et demi. Il semblait vraiment que c’était le temps d’agir, pour ma sécurité et en considération de mes 9 enfants à la maison.

J’ai trouvé une réponse à ma préoccupation à trouver un sens au travail et à l’accouchement juste au bon moment. J’ai été amenée à considérer que le travail et l’accouchement seraient un cadeau que je ferais à Moriah dans la direction de la libération de son esprit de la prison de son corps. Je savais qu’elle avait une personnalité bien plus grande que son corps ne le lui permettrait d’exprimer sur cette terre - qu’elle était faite pour s’élever au ciel.

Une des meilleures choses par laquelle nous avons été bénis à l’hôpital était la présence de notre sage-femme. Depuis le moment où on a commencé à enregistrer les contractions, elles ont été constamment à une minute d’intervalle. J’ai eu de la pitocin pendant 30 heures avant la délivrance. Le poids du liquide amniotique devrait provoquer la dilatation, car la pression des os du crâne n’était pas possible. En quelques heures, la sage-femme a déterminé que j’étais dilatée entre 6 et 7 cm et nous espérions que l’accouchement serait imminent, car je travaillais déjà avec une bonne dose de douleurs dorsales. Mais quand le docteur est venu vers midi, les nouvelles n’étaient pas très encourageantes (je n’étais dilatée qu’à 3 cm selon son examen). Maintenant, nous savions que la dilatation dépendait de comment la poche amniotique pressait sur le col et que cette pression pouvait varier même par un simple changement de position. Pendant la journée, il n’y avait qu’un faible progrès. Vers minuit, l’apport de pitocin a été réduit pour que je puisse me reposer quelque peu. Le lendemain matin, j’étais dans un état émotionnel très faible. J’étais dans une situation dans laquelle je ne voulais pas me trouver et la situation ne semblait pas progresser du tout. Il y avait juste assez de progrès pendant la nuit pour que le docteur soit assez sûr que l’accouchement avait lieu ce jour. Le docteur avait idéalement pensé que la poche amniotique ne se romprait pas avant que la tête soit libérée, mais quand j’ai commencé à pousser, le liquide amniotique a commencé à se répandre. Le liquide a été récolté et mesuré (environ 8,5 litres, 1litre = normal ). Ma matrice s’est visiblement dégonflée et j’ai réalisé que le bébé devait être particulièrement petit, car je n’avais presque plus de ventre. J’étais si soulagée, après que le liquide a été libéré, que je voulais m’arrêter là et garder le bébé, mais j’ai réalisé que Moriah pouvait ne plus vivre très longtemps. J’ai vérifié le moniteur, mais son Doppler avait été enlevé. C’est comme si Dieu a ensuite enlevé ceci de mes pensées et m’a donné la force de faire ce qu’il y avait à faire ensuite : pousser. Moriah est née la tête la première (nous étions reconnaissants qu’elle ne puisse pas sentir la douleur, car cette présentation est supposée être la plus douloureuse et stressante pour le bébé). Le docteur, par compassion, a fait de son mieux pour qu’il ne puisse en aucun cas causer une irritation ou une marque sur son visage.

Moriah était presque bleue quand elle est née, de sorte que Doug n’avait plus trop d’espoir qu’elle soit née en vie, mais j’étais surexcitée quand le docteur et la sage-femme m’ont donné Moriah. Dès que j’ai regardé son visage , j’ai été remplie de compassion pour elle. L’Esprit de Dieu m’a témoigné que c’était la façon dont il lui avait été permis d’être formée, ce qui m’a permis de l’accepter et de l’aimer avec un cœur entier. Ses yeux étaient ouverts et elle paraissait si rayonnante et alerte. Moriah ne respirait pas vraiment, mais elle attrapait quand même un peu d’oxygène. Nous pouvions voir qu’elle était aveugle : ses yeux étaient parfaitement développés mais ses pupilles étaient restées très petites. Je me rappelle avoir regardé à la tête « abrégée » de Moriah et pensé que c’était comme si la peau s’arrêtait simplement. Pendant que j’exprimais ma joie et mon amour pour elle, Doug avait coupé le cordon et était prêt pour son tour. J’étais tellement reconnaissante qu’ils aient l’occasion de s’échanger des dons. Plus tard, Doug me dit qu’il avait testé quelques réflexes basiques : elle avait agrippé ses doigts quand il avait mis sa main. Il a ressenti qu’elle lui disait « Bonjour, et merci !». Peut-être qu’elle savait d’une certaine manière que nous l’avions aimée inconditionnellement et avions fait des choix la concernant. Nous avons chacun observé une étincelle dans ses yeux : un signe que la vie était présente. Pour moi, cela a semblé être un grand don : c’était la récompense terrestre qui m’a assuré que le stress physique et émotionnel qui s’était inévitablement produit avaient totalement accomplis le but de faire croître nos vies. Le cœur de Moriah a battu pendant 50 minutes. J’aurais aimé pouvoir bloquer le temps, mais nous n’aurions jamais été satisfaits, nous aurions toujours voulu plus de temps. Le fait que le temps était si limité a contribué à le rendre encore plus précieux pour nous. Moriah est née le 27 février et pesait 2710g.

L’heure suivante, les enfants avaient été rassemblés pour voir à quoi ressemblait leur petite sœur. Nous avions épinglé le chapeau de l’hôpital sous le menton de Moriah, ce qui amenait notre attention sur le précieux visage de Moriah. Nous l’avons habillée dans une robe qui nous permettait de voir facilement ses parfaites petites mains et pieds. Chacun des enfants l’a tenue et aimée, juste comme n’importe quelle autre petite sœur. Nous avons tous souhaité qu’elle ait pu vivre avec nous, mais nous savions aussi que tous les problèmes liés à la vie dans ce monde lui avaient été épargnés.

Émotionnellement, j’ai expérimenté la joie de donner la vie et l’excitation euphorique de tenir un nouveau-né près de moi, car j’avais déjà été submergée par la grâce du moment pour accepter la mort de Moriah. Le fait que le défaut soit visible nous a apporté la pleine assurance que Dieu n’avait pas ordonné la possibilité pour Moriah de vivre sur terre avec nous. J’étais reconnaissante de penser à Moriah au ciel, complètement rétablie et satisfaite, expérimentant une joie complète et des plaisirs pour toujours. Plus tard, j’ai découvert que je devais tout de même faire face à la réalité de la perte que je ressentais : ça me prendrait du temps pour retrouver la paix. La grâce d’accepter et de me soumettre au plan de Dieu était toujours disponible, et bien qu’elle m’ait dépassée et ait même été irrésistible au moment de la mort, il semble qu’elle devait plus tard être reçue par un acte volontaire.

Médicalement, les infirmières avaient préparé des transfusions de sang en cas d’hémorragie majeure, mais les choses s’étaient bien déroulées pendant l’accouchement : pas de rupture du placenta, l’utérus ne s’était pas abaissé assez vite pour causer des dommages, et le docteur avait immédiatement donné une piqûre dans la paroi de l’utérus pour qu’il se contracte pour contrôler le saignement. La sage-femme pense que les 30 heures de pitocin ont également joué un rôle dans le contrôle du saignement. La décharge a été signée et j’ai pu quitter l’hôpital deux heures après l’accouchement.

Doug et moi avions eu l’occasion de nous préparer quelque peu pour le départ du corps de Moriah en assistant aux funérailles du fils de deux ans d’un ami qui était mort juste quelques semaines avant la naissance de Moriah. La situation de notre ami était déjà tragique, et de penser que la prochaine cérémonie serait celle de notre bébé contribuait à rendre les choses extrêmement tristes. Au travers de ces circonstances, j’ai appris que nous n’avions aucune influence sur l’heure du départ de l’esprit d’une personne, mais nous devons arriver au point où on laisse partir le corps de la personne. Alors que je voulais apprécier le corps de Moriah quand il était relié à l’esprit et à la vie, je ne voulais pas développer une affection non-naturelle. Nous avons choisi de pas voir le corps à la morgue, voulant garder en mémoire Moriah comme Dieu l’avait faite et comme nous l’avions connue : douce et confortablement chaude. Nous avons autorisé deux de nos amis à prendre des photos à la morgue après que Moriah a été habillée pour l’enterrement, mais même de regarder ces photos quelques semaines après nous a confirmé que nous avions eu raison de vouloir un cercueil fermé. En regardant en arrière, je pense que les pompes funèbres auraient fait tout ce qu’on leur aurait demandé, mais ils n’avaient rien fait de plus que de l’habiller. Le bonnet ne touchait même pas son visage existant et son visage était rouge brillant dû au sang stagnant dans les nombreux vaisseaux de la tête. Elle ne ressemblait pas du tout à la précieuse petite que nous avons connue si brièvement. Avant que notre famille ne se rende à la cérémonie funèbre, nous avons rassemblé nos enfants et nous sommes référés à l’allégorie mentionnée plus haut. Nous avons expliqué que le service d’enterrement était un symbole pour que nous réalisions et acceptions que le cadeau fût parti et que l’emballage avait atteint son but.

Ca m’a beaucoup aidée d’écrire des mots de remerciement pour ceux qui nous avaient soutenus, triant les pensées et les exprimant verbalement. J’ai réalisé que je croyais que, dans les limites de Dieu, nous avions pu donner à Moriah tout ce que nous pouvions, et que Dieu lui avait permis de nous donner tout ce qu’elle avait. En fait, j’ai remarqué que la plus grande partie de ma peine venait du fait que mes désirs ne semblaient pas avoir été le premier facteur dans les limites de Dieu. C’était une leçon pour me ramener à accepter la souveraineté de Dieu. Une autre découverte importante pour moi fut que la grossesse semble permettre à une maman de parvenir à une alliance à vie envers son bébé, et il semble que nous nous attendons dans ce concept à une longue vie. La combinaison de ces pensées rend difficile pour nous de croire que le but de la vie de notre bébé aurait pu et a été accomplis pendant leur bref temps dans ce royaume. En vérité, nos enfants sont crées pour le but de Dieu, bien que souvent il nous est accordé le privilège de bien des plaisirs et bénéfices personnels.

La conclusion à la fin du chapitre de Moriah dans le livre de notre vie est arrivé quand ma maman est repartie pour continuer sa vie normale. Elle avait tellement été une partie de l’espoir que nous avions vécu pendant quelques semaines. Je devais maintenant faire face au fait que l’espoir n’était plus une émotion valable pour nous. Étrangement, abandonner l’espoir a résonné semble-t-il plus dévastateur pour moi que d’abandonner le corps de Moriah. C’était le vrai face à face avec la réalité.

J’avais décrit l’été des premiers mois de Moriah « in utero » comme sentant une grande provision du Seigneur. En regardant en arrière, je crois qu’il était si près à cause de son grand amour pour Moriah et sa connaissance de ses besoins spéciaux. Il savait qu’elle avait besoin de la protection et de la bénédiction d’une mère avec un cœur tranquille, et il m’a donné une provision spéciale la concernant. Je sens toujours la provision de Dieu alors qu’il reste près de moi pour mon temps de tristesse. Nous croyons que la mort de Moriah lui a procuré une victoire totale. Nous savons qu’elle n’avait rien à gagner en vivant dans ce monde, et nous nous réjouissons du gain beaucoup plus grand pour elle. Nous regardons au fait que le but de sa vie et son histoire ont été mieux remplis au travers de son défaut de naissance et sa mort que si elle avait reçu un corps complet et une longue vie. La ligne directrice sur laquelle nous nous reposons est tirée d’un livre d'A.W.Tozer « la connaissance du sacré » : « Toutes les œuvres de Dieu sont faites avec sagesse ». Nous n’avons trouvé la paix pour continuer en ayant confiance en Dieu, mais cette paix a dépassé notre compréhension. Nous savons que Moriah sera une partie de ce qui rend le ciel spécial pour nous. Nous considérons que ça a été un bon privilège pour nous de pouvoir prendre une telle décision volontaire pour le soutien de la vie !

Elaine et Doug Mifflin

Dieu est notre Espérance

Parfois, les choses ne prennent pas le chemin que nous semblons penser qu’elles auraient dû.
Mais le Seigneur est là pour nous soutenir et nous garder, et nous avons son amour, son empreinte.
Quand la tristesse m’envahit, et que les larmes piquent mes yeux,
La chose que je dois continuer à chercher est la récompense éternelle de Dieu.
Le monde peut toujours dire : « regarde ce que ton Dieu a fait ! »
Mais nous devons persévérer à le louer jusqu’à ce que la gloire de Dieu soit gagnée.
Dieu est notre espérance, Il est notre bouclier.
Et bien que des épreuves – grandes ou petites – peuvent survenir,
Nous devons juste nous soumettre à sa parfaite volonté.

Erin Mifflin, le 19 janvier 1997

Une chose que j’aurais souhaitée pour rendre mon anniversaire encore meilleur,
C'eut été toi, douce sœur, endormie dans ton repos céleste.
Seulement trois mois après que je t'ai vue enterrée,
Trois mois pour s’habituer au fait que tu es partie.
Trois mois depuis que je t’ai tenue dans mes bras, et ai pleuré pour toi au crépuscule.
J’avais eu sept mois pour apprendre à t’aimer, ensuite cinq semaines d’attente anxieuse.
Quand tu es née, nous avons vu que Dieu t'avait faite gracieusement.
Dix doigts parfaits, dix orteils parfaits, de petites jambes et bras potelés ;
Mais tu n’étais pas faite pour vivre, et maintenant tu es à l’abri de tout mal.
Tu as dit à ton papa « Bonjour, et merci », comme j’aurais aimé être là.
Tu savais que nous t’avions vraiment aimée et désirée; tu savais que nous nous souciions vraiment de toi.
Quand tu es née, tu ne respirais pas; comme je voulais te voir vivante.
Je voulais te protéger, et voir l’étincelle dans tes yeux.
Mais ce n’était pas écrit dans le plan de Dieu ; je ne t’ai vue qu’après que la mort fut venue
Et que les anges t’aient déjà transportée vers la parfaite maison céleste.
Je voulais bloquer le temps, au moment où je t’ai tenue,
Mais Dieu savait ce qui était le mieux, et je n’ai pas pu faire ce que j’aurais aimé.
Tu manques à toute la famille ; nous aimerions tous te connaître.
Un seul vœu de plus pour mon anniversaire : et celui-ci, petite sœur, est pour toi.

Erin Mifflin, le 29 mai 1997
En mémoire de Moriah, lors de mon anniversaire

Traduit de l'anglais avec la permission de l'Anencephaly Support Foundation

Dernière mise à jour de cette page: 20.01.2009