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Qu’est-ce que cela signifie pour moi, sage-femme, d’accompagner cette famille ?

 

Je pense que ma toute première réaction a été la compassion.

Car on ne peut pas rester insensible à une telle nouvelle, et je crois que nous pouvons en tant que professionnelle « pleurer avec ceux qui pleurent ».

Puis il y a eu la recherche d’information.

Durant mes études, un nouveau-né anencéphale était non-viable donc on interrompait la grossesse dès la découverte par une échographie. Cela faisait donc partie de la pathologie que nous ne voyons plus, fort heureusement. En recherchant dans la littérature médicale ainsi que sur le net, toujours les mêmes informations, cela s’arrête au diagnostic par les US. J’avais connaissance néanmoins d’une famille aux USA, qui n’avait pas interrompu la grossesse. J’ai continué à chercher et j’ai trouvé sur le net un site de parents d’enfants anencéphales, qui témoignait de la courte vie de leurs enfants.

Il y avait donc un choix possible. Par une information réaliste, je pense que nous devons accompagner les parents dans leurs choix. En les aidant à peser le pour et le contre de poursuivre ou non la grossesse. Cette situation ne touche pas seulement le domaine médical, mais aussi la philosophie de vie de chacun, son éthique. Il est donc important pour les parents que nous puissions aussi entendre ces aspects-là et ne pas nous mettre à leur place avec nos valeurs. De plus cette situation a des répercussions sur tous les membres de la famille, il est donc important de tenir compte des limites de chacun.

La préparation à la naissance sera donc plus axées sur les sentiments de chaque membres de la famille (même élargie), de leurs interactions. Il me paraissait aussi important de respecter le rythme de chacun dans le processus d’acceptation de cette situation et de deuil. Il y a une part de la préparation à la naissance qui est la même que chez n’importe quelle famille. Et il est essentiel de le faire, car cette femme qui est enceinte et attend un enfant et a les mêmes questions que pour ses autres grossesses ainsi que le même besoin de partager une certaine normalité avec d’autre femmes enceintes.

Il est cependant important d’aborder au bon moment, la malformation de leur enfant et comment y faire face, ainsi que les détails qui entoure le deuil. Je pense qu’il est important de prévoir ces détails à l’avance, car sur le moment les événements s’enchaînent très rapidement et les heures qui entourent la naissance passent très vite et sont très intenses en émotions.

Cette dualité d’une situation à la fois normale et à la fois particulière reste présente dans les soins concernant l’accouchement et ceux du post-partum. Nous avons à chaque fois à informer le plus justement possible et à laisser le choix aux parents. Est-il mieux de provoquer ou d’attendre ? En cas de montée de lait après le décès et le sevrage, faut-il redonner des médicaments ou accepter ces signes comme une normalité ? Je pense important que chaque famille ait le temps de trouver sa réponse. Chaque famille ayant des ressources différentes.

Il est donc important, même si le n-né est décédé, de prodiguer les mêmes soins à ces mères même si elle sortent rapidement de l’hôpital et qu’elle ne présentent pas de problèmes médicaux majeurs. Et la période post-partum dure le temps que la famille puisse à nouveau se tourner vers l’avenir.

 

Corinne Meyer, sage-femme

 

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