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Benedict Oliver

25.6.2001 - 26.6.2001

Je dois commencer ce récit presque cinq ans avant la naissance de Benedict, quand ma soeur et son mari ont découvert, lors d’une échographie à la 18e semaine de grossesse, que leur premier bébé allait mourir.

Thomas Walter était atteint d’anencéphalie, une anomalie du tube neural, où le haut de la colonne vertébrale ne se ferme pas. Nous étions tous sous le choc, surtout ma sœur Clare et son mari Tom. Ils ont décidé, contre l’avis des médecins, de porter ce bébé à terme, de l’aimer pendant le court laps de temps qu’ils passeraient ensemble. L’accouchement a été provoqué dans la 37e semaine et Thomas Walter est né. Il a vécu 17 ½ heures, pendant lesquelles il a reçu de nombreuses visites. Il a été porté par beaucoup d’amis, d’oncles et tantes et aussi par nous, Mark et moi.

Mark et moi nous sommes mariés moins de deux mois après la naissance et la mort de Thomas Walter. Très vite, nous attendions nous-mêmes notre premier bébé. J’étais très nerveuse lors de la première échographie. Heureusement, tout était en ordre et nous avons eu une très jolie fille, Cecilia. Deux ans plus tard est né Sebastian. Nous étions très excités quand en 2000 nous attendions notre troisième enfant. Le terme était prévu pour le 17 juillet 2001.

Je me sentis très mal à l’aise durant les semaines qui précédaient la première échographie de la 18e semaine. Je n’avais pas vraiment ressenti les mouvements du bébé, ce qui était étrange, car mon dernier bébé, Sebastian, je l’avais senti bouger à 12 semaines déjà. Normalement, je ne suis pas quelqu’un de soucieux, mais je ne pouvais pas me défaire de ce sentiment de malaise. Je crois que je savais inconsciemment que quelque chose n’allait pas. Lors de mon premier contrôle à l’hôpital, je pensais être dans ma 13e semaine de grossesse, mais les mesures du docteur indiquaient la 12e. Durant la semaine avant l’échographie, je m’imaginais dire à Clare au téléphone : " Ca nous est aussi arrivé ! ". Je me demandais moi-même pourquoi je pensais cela. Le jour avant l’échographie, je devais aller à l’hôpital pour mon contrôle mensuel avec la sage-femme et celle-ci me laissa écouter le coeur du bébé. Comme j’étais soulagée ! ! Ainsi, le lendemain (à la Saint-Valentin), Mark et moi nous rendions sans crainte, mais excités, à l’hôpital pour jeter notre premier coup d’œil sur notre bébé.

Le rendez-vous ne commençait pas bien. Ce matin-là, nous nous sommes dépêchés pour partir de la maison et dans la hâte nous avions oublié de prendre la feuille de convocation. La technicienne d’échographie hésitait à faire l’examen sans ce formulaire. J’étais très déçue, car je m’étais beaucoup réjouie de voir enfin notre bébé ! Finalement, elle fut quand même d’accord à condition que nous allions tout de suite après le contrôle chercher la convocation. J’étais très excitée quand je me suis couchée pour attendre qu’elle examine mon bébé. Après tout, je savais que mon bébé vivait. J’avais entendu ses battements de cœur la veille ; qu’est-ce qui aurait pu se passer depuis là?

Quand la technicienne a commencé à examiner mon ventre, elle nous a montré que le placenta recouvrait le col de l’utérus (placenta previa), ce qui signifiait que je devais certainement accoucher par césarienne. Elle nous a expliqué que ça ne devait pas nécessairement être un problème. Cela dépendait comment l’utérus allait s’étirer ; le placenta pouvait encore se déplacer jusqu'à la fin de la grossesse. Puis, elle a commencé à regarder le bébé et elle est devenue silencieuse. Elle nous montrait ses pieds sans dire un mot. Je trouvais cela étrange, car elle avait été très bavarde auparavant. Après quelques minutes, elle dit à Mark d’aller tout de suite chercher la convocation. Je pensais que quelque chose n’allait pas pour qu’elle renvoie Mark en plein milieu de l’examen.

J’attendis à la salle d’attente plus d’une demi-heure jusqu'à ce que Mark revienne. La technicienne venait voir entre deux si Mark était déjà là et disait quelque chose comme : " Je vais juste montrer les images à quelqu’un d’autre, mais ne paniquez surtout pas. " Ce qui m’a vraiment fait paniquer. L’écran n’avait pas été tourné dans ma direction pendant l’échographie, mais j’avais quand même pu voir qu’elle observait toujours le visage du bébé. " Qu’est-ce qui se passe ? " pensais-je, " est-ce que mon bébé n’a pas de nez ou quoi ? " Mais dans mon for intérieur, j’entendais les mots : " anencéphalie, anencéphalie, anencéphalie,... " Toujours et toujours. Je voulais à tout prix que Mark revienne, il semblait mettre une éternité !

Quand Mark fut de retour, nous sommes retournés dans la salle d’examen avec la technicienne et son supérieur. Elle lui a montré le placenta et il a répété les mêmes explications qu’elle nous avait déjà données. Ensuite, il a encore pris lui-même quelques mesures. Enfin, il s’est tourné vers nous et nous a dit : " Voilà, il y a un problème avec ... le foetus. Nous allons chercher quelques personnes de l’obstétrique pour qu’ils vous expliquent tout cela et il vaut mieux que vous gardiez vos questions pour ce moment-là. " Je savais, à partir de l’instant ou il a dit " foetus ", qu’il y avait vraiment un problème. Autrement, il aurait dit " bébé ". J’étais énervée que mon bébé ne reçoive pas le même traitement juste parce que quelque chose ne jouait pas. Je souhaite avoir pu dire simplement : " Est-ce que c’est une anencéphalie ? ", mais, au lieu de cela, j’ai pleuré et je les ai laissés nous conduire dans une autre salle, où nous devions attendre.

Dans cette salle, il faisait très, très froid. Je répétais à Mark, " Cela ne doit pas être fatal, ça pourrait être n’importe quoi... Un problème avec le cœur, les reins ou les poumons... " J’aurais souhaité qu’ils nous aient tout de suite dit la vérité. Nous avons attendu plus que 45 minutes que quelqu’un nous dise ce qui n’allait pas. Pendant cette terrible attente, je laissais libre cours à mon imagination...

La doctoresse allait rentrer et dire: " Je m’excuse, mais votre bébé est trisomique 21. " Et je lui répondrais " Oh, ce n’est pas grave, j’avais pensé que vous alliez nous annoncer que notre bébé allait mourir. ! " Alors, je prendrais mon sac à main et nous nous rendrions à notre déjeuner de Saint Valentin.

Quand elle est enfin arrivée, la doctoresse s’est assise et nous a demandé si on nous avait dit ce qui n’allait pas. Nous avons répondu que non. Alors, elle a commençé à nous expliquer : " Il y a un problème avec le crâne du bébé. " Je suffoquais et cachais mon visage entre mes mains. Tellement d’images me traversaient l’esprit : Thomas Walter qui serrait mon doigt quand je l’avais tenu dans mes bras, son enterrement, son petit cercueil qui descendait sous terre, moi qui serrais ma sœur dans mes bras, quelqu’un qui me disait : " si cela devait arriver à quelqu’un, c’est bien à Clare, elle est celle qui arrive à faire face " (une phrase qui m’est restée tellement je la trouvais bizarre).

Mark dit : " Est-ce que vous parlez d’anencéphalie ? " Elle dit oui et elle nous demanda si nous savions de quoi il s’agissait. Mark a raconté l’histoire de Thomas Walter. Elle nous a demandé à quel moment avait été provoqué l’accouchement et nous a expliquéqu’il y avait deux possibilités. Nous pouvions continuer la grossesse comme Clare et Tom ou alors y mettre un terme. Je dis " Non, nous ne ferions jamais cela ", et à partir de ce moment-là, nous ne nous sommes jamais sentis mis sous pression. Je suis sûre que notre précédente expérience avec l’anencéphalie nous a protégés d’une certaine pression ou mauvaise information que d’autres parents concernés subissent pendant la grossesse.

Quand nous avons été de retour à la maison, Cecilia qui avait trois ans, nous a demandé si elle pouvait voir la photo du bébé. Je lui ai répondu : " Ils ne m’en ont pas donné aujourd’hui. Je dois en demander une la prochaine fois. " Elle dit : " Est-ce que tu es un petit peu triste, maman ? " Et je lui ai répondu : " Oui, notre bébé est un peu malade, il a mal à la tête. " Alors, elle m’a embrassée. Je me demandais comment nous allions lui expliquer que notre bébé tant attendu allait mourir.

Les prochaines semaines ne me restent que vaguement en mémoire. Nos deux familles ont été très affligés pour nous. Ils ont été d’un grand soutien et nous ont aidé de différentes manières très pratiques. Par exemple en cuisinant un repas pour nous. Je lisais tous les témoignages de familles qui avaient eux-mêmes eu un bébé atteint d’anencéphalie et qui l’avaient porté jusqu'au terme. Je trouvais ces histoires si tristes et en même temps si réconfortantes ! Elles montraient combien les vies de ces bébés avaient été merveilleuses - malgré leur courte durée. Je lisais ce que les différentes familles avaient fait pour se rappeler la vie si courte de leur bébé. Même si ces récits me faisaient pleurer, c'étaient de bonnes larmes qui me faisaient du bien. Je devais pleurer, on m’avait juste annoncé que mon bébé allait mourir !

Lors de cette première échographie, on ne nous avait pas dit si nous attendions un garçon ou une fille. Alors, nous avons convenu d’un nouvel examen. Cette deuxième échographie était enregistrée sur une cassette vidéo. Nous avions cherché dans notre livre des prénoms un nom adéquat qui nous plaisait et qui avait une signification spéciale. Quand la technicienne d’échographie nous a annoncé que nous attendions un garçon, j’étais heureuse de pouvoir donner le nom de Benedict (bénédiction) Oliver (paix) au bébé que je portais en moi.

Tout de suite après le diagnostic, je pensai que les prochains 4 ½ mois allaient être interminables. Comment allais-je traverser tout ça ? Finalement, j’ai été très occupée avec tous les préparatifs et plans que nous faisions et quand je regarde en arrière, cela semble avoir été très court. Nous avions des rendez-vous mensuels avec les sages-femmes de la clinique.

Notre sage-femme, Maggie, était une des premières bénédictions que nous avons rencontrées. Dés le début, elle a été d’accord de faire tout ce qui pouvait nous aider dans la préparation à la naissance et à la mort de Benedict. Elle nous a proposé de passer chaque semaine juste pour écouter les battements de cœur, si nous le souhaitions. Elle était tellement ouverte et prête à nous aider d’une manière ou d’une autre. Elle avouait n’avoir jamais été dans une situation pareille, mais voulait nous décharger de ce poids. En plus de toute l’attention qu’elle nous a témoignée, elle était aussi là comme médiateur entre la clinique et nous, pour tous les formulaires, copies, etc. qui concernaient la naissance.

Durant ces premières semaines, nous récoltions beaucoup d’idées sur les sites Internet d’autres parents. Je commençais à énumérer une liste de choses qui me semblaient importantes pour avoir le plus de souvenirs possibles. Nous avons fabriqué un petit faire-part sur lequel était écrit :

" Mark et Teresa Streckfuss ont été béni savec un petit garçon, Benedict Oliver.
Il est attendu pour le 17 juillet 2001.
Un frère précieux pour Cecilia et Sebastian.
S’il vous plaît, priez pour nous, car il souffre d’anencéphalie et ne restera pas longtemps avec nous. "

Nous avons envoyé ce faire-part à nos familles, nos amis et à chaque personne à laquelle nous pensions, dans le mois qui suivit le diagnostic. Il y avait différentes raisons pour cela : demander le soutien dans la prière, informer les gens sur l’anencéphalie de Benedict, mais c’était aussi très important pour moi qu’on n’oublie pas Benedcit. Je ne voulais pas que les gens prétendent que je n’avais pas été enceinte.

Je trouvai aussi un groupe d’entraide sur Internet, où j’appris tellement de choses de beaucoup de personnes. Il y avait plus de cent membres à ce moment-là ; la plupart étaient des femmes qui ont déjà perdu un bébé dû à l’anencéphalie (aussi quelques hommes) mais aussi des femmes comme moi, enceintes d’un bébé anencéphale. Je pense que c’ést ce groupe qui m’a le plus aidé. C’est tellement bien de pouvoir se connecter sur Internet quand on veut et " parler " avec des gens qui ont vécu la même situation, d’échanger des idées.

Il s’est avéré que j’avais un placenta previa du IV degré. Cela causait de petits saignements qui nécessitaient des séjours d’observation de courte durée à l’hôpital. J’ai été sept fois à l’hôpital entre la 28e et la 36e semaine de grossesse. Cela s’est avéré aussi être une bénédiction, car je suis ainsi entrée en contact avec beaucoup de personnel soignant avant la naissance de Benedict. Je n’étais plus une inconnue à la clinique et le personnel m’était devenu familier. Mark pouvait se libérer du travail grâce à une rente spéciale du gouvernement (Australie) pour pouvoir s’occuper des enfants. C’était très bien, car ainsi il pouvait aussi se concentrer sur Benedict.

A la clinique, Benedict avait la réputation de jouer à cache-cache avec l’appareil d’échographie. Chaque fois qu’ils essayaient de l’examiner, il donnait quelques coups de pieds et disparaissait ! Il leur fallait souvent quelques minutes pour l’avoir à nouveau sur l’écran. Maggie utilisait l’expression qu’il se " cachait dans l’arrière-boutique ", son petit compartiment secret.

D’une certaine manière, ces séjours à la clinique ne me dérangeaient pas trop, parce que je pouvais écouter les battements de cœur trois fois par jour et ainsi le sentir bouger. J’allais avoir besoin d’une césarienne à la 37e semaine à cause du placenta previa qui recouvrait complètement le col de l’utérus. Ceci était une autre bénédiction " cachée ". Je voulais de toute façon une césarienne. J’avais lu dans des statistiques que des anencéphales mis au monde par voie basse n’ont que 50% de chances de survie. Je ne pouvais pas m’imaginer fournir tous les efforts d’un accouchement pour voir naître mon fils sans vie. Je voulais d’abord pouvoir dire " bonjour " avant de devoir dire " au revoir ". Pour assurer cela, une césarienne était nécessaire. Je ne suis pas sûre que les docteurs auraient accepté cette opération sans le placenta previa. C’était tellement important pour nous que Benedict naisse vivant.

Et ainsi, le lundi 25 juin 2001 à 13:52h, Benedict Oliver est né. Il a vécu pendant 24 heures et 13 minutes. Il est décédé le mardi à 14:05h. Je ne crois pas que je pourrais vous raconter combien il était merveilleux, ou combien son odeur était agréable, ou combien j’aurais souhaité que ces heures ne s’arrêtent jamais. Il portait un tout petit bonnet que l’hôpital nous avait fourni. Je pensais qu’il serait trop petit, mais il lui allait à merveille. Son visage était si joli, il ressemblait tellement à nos autres enfants. Il était si parfait ! Il ne pesait que 2600 g, mais il avait de bonnes joues et mesurait 46 cm . Il avait crié à la naissance et encore quelquefois par la suite - non pas un cri de bébé fort et sain, mais tout de même un cri. Il roucoulait et faisait un bruit semblable à " pah-pah " quand il respirait. Il avait des cheveux châtain clair, des pieds chatouilleux et, une fois, il a sucé son pouce penant presque 15 minutes ! Nous avons pris une quantité de photos de lui, à peu près 13 films pendant qu’il vivait. Nous prenions des photos de couleur, mais aussi en noir et blanc et je suis contente d’avoir les deux. Le temps que nous avons passé ensemble était si précieux ! Nous avions pu nous organiser pour qu’un prêtre, qui était en même temps un ami à nous, nous assiste à la naissance. Dès que Benedict avait vu le jour, nous l’avions fait baptiser et confirmer. Mr Colin, le prêtre, fut d’un grand secours pour nous. Il nous avait déjà rencontrés pendant ma grossesse, m’avait bénie et nous avait accompagnés dans tous les préparatifs. Après la naissance et quand ses tâches de prêtre ont été terminées, il a pris des photos pour nous.

Le personnel médical a été INCROYABLE. Ils étaient merveilleux, plusieurs pleuraient, certains priaient et d’autres me caressaient la tête pendant la naissance. J’étais tellement heureuse de pouvoir enfin voir Benedict. Je me rappelle que l’anesthésiste me disait : " il est déjà un petit saint, n’est-ce pas ? Il est baptisé et confirmé, il est parfait ! " Je trouvais cela tellement gentil de sa part ! Quand nous avons été de retour à l’étage, les sages-femmes ont été très sympas avec moi. Ils nous ont laissés le plus de temps possible tout seuls et rentraient juste de temps en temps pour faire leur travail.

Elles se sont si bien occupées de nous. Benedict n’était pas capable de téter, alors les sages-femmes m’ont aidé à extraire un peu de colostrum pour le nourrir avec une cuillère. Ainsi, il a reçu trois repas durant sa vie. Je ne crois pas qu’il ait eu faim, mais j’étais reconnaissante d’avoir pu le nourrir de cette manière. Quelques jours plus tard, lorsque j’ai eu la monté du lait, j’aurais tant désiré pouvoir le nourrir. Mais c’était déjà bien que j’aie pu lui donner un peu de mon colostrum.

Je n’ai que des louanges pour les sages-femmes et les infirmières qui nous ont soignés avant et après la naissance de Benedict. Elles l’ont si bien entouré avec amour et le respect qu’il méritait. Surtout Maggie, que nous voyions pendant nos visites postnatales, a été merveilleuse. Elle était aussi présente lors de la césarienne même que c’était son jour de congé. Elle est simplement venue comme amie. Elle était aussi présente à l’enterrement, ainsi que quelques autres sages-femmes.

Un photographe professionnel était là lundi après-midi. Ce n’était pas nous qui avions organisé cela mais l’hôpital. Ce photographe vient chaque fois qu’un bébé meurt à l’hôpital quelle que soit l'heure. Nous lui sommes très reconnaissants pour ce service gratuit. Il a pris de magnifiques photos des mains et des pieds de Benedict, et d’autres de nous trois ensemble. Ce qui était particulièrement bien, car Mark avait pris toutes les autres photos et de ce fait n’était jamais dessus. Ce photographe fait aussi les photos des bébés nés en bonne santé, et en venant de nouveau à l’hôpital le lendemain, il nous a déjà apporté nos photos à ce moment-là ! Cela faisait du bien d’avoir ces belles images juste après la mort de Benedict. Une dame a aussi passé pour faire les empreintes des mains et des pieds de Benedict. Elle avait fait un travail remarquable, les empreintes sont si nettes qu’on peut voir les ongles, les rides et les plis.

Benedict a eu beaucoup de visiteurs. Il a rencontré Cecilia et Sebastian, les grands-parents, les 14 oncles et tantes, 21 des ses 24 cousins, sa marraine et un autre ami prêtre. Un de ses cousins avait apporté des bulles à savon à l’hôpital et lui en a soufflé quelques-unes ! Après dix heures du soir, nous avions Benedict pour nous tout seul. C’était bien d’avoir ce temps rien que pour nous trois. Nous étions très fatigués mais nous ne voulions pas dormir pour ne pas manquer une minute avec lui. Je fixai quelques buts à mon fils : " s'il te plaît, vas-y jusqu'à midi, fais le jusqu'à 17 ½ heures comme Thomas Walter, tiens bon jusqu'à demain... " J’étais tellement fière de lui qu’il ait vécu si longtemps ! Je voulais pouvoir dire qu’il avait vécu toute une journée. Finalement, nous étions si épuisés que nous nous relayions, l’un somnolait pendant que l’autre veillait. Mais je pense que j’avais un sommeil si léger que je m'éveillais à chaque fois qu’il bougeait. Nous lui avons chanté des chansons, lu des histoires, mais la plupart du temps, nous le tenions simplement dans nos bras et l’aimions.

Les infirmières nous ont expliqué que la couleur de sa peau allait changer au fur et à mesure que son était s’affaiblirait. Elles ne cessaient pas de nous répéter combien il avait bonne mine. Il a commencé à avoir des arrêts respiratoires mardi matin, mais sa couleur redevenait rapidement normale chaque fois. Après son décès (sans qu'il ait changé de couleur de peau) une infirmière est rentré dans la chambre. Je crois qu’elle ne se sentait pas à l’aise et a dit quelque chose du genre : " J’avais pensé qu’il vivrait plus longtemps. " Sur quoi j’ai répondu qu’il avait vécu plus de 24 heures et que c’était bien plus que ce que nous avions espéré. Nous étions tellement reconnaissants pour le temps que nous avions pu passer ensemble. Après son décès, nous l’avons baigné et habillé. Nous avons pris encore plus de photos et nous avons enregistré le bain sur une cassette vidéo ; cela nous a permis plus tard de voir son corps entier. Nous avons gardé son corps près de nous pendant la nuit et jusqu'à ce que l’employé des pompes funèbres vienne le chercher mercredi après-midi. Mark a pu rester avec moi pendant tout le séjour à l’hôpital. C’était bien de pouvoir vivre le deuil ensemble là-bas.

Nous sommes rentrés à la maison jeudi matin, et ce soir-là nous avons été occupés à finir un petit livret que nous avions préparé pour l’enterrement. Il nous a fallu un bon moment pour cela, mais j’étais très contente du résultat. Sur la couverture, nous avons mis une photo du visage de Benedict ; à l’intérieur, une photo de ses pieds et au dos un poème. J’avais déjà commencé ce livret avant sa naissance, ainsi je n’avais plus qu’à remplir les dates et finir la couverture. J’étais contente d’avoir déjà préparé un bout à l’avance. Cela nous a permis de pourvoir pleinement penser à lui, sans nous soucier d’autre chose.

Le vendredi soir, nous avons pris son corps à la maison, pour que notre famille puisse prendre congé de lui. Je me faisais du souci pour Cecilia et Sebastian, comment allaient-ils vivre cela ? Mais tout s’est bien déroulé. Les quelques instants qu’ils l’avaient vu à l’hôpital avaient été trop courts et il y avait trop de distractions. Nous avions enregistré quelques jolies séquences avec Sebastian sur cassette vidéo où il berçait son frère dans son petit lit en chantant de tout son cœur : " baby, baby, baby. " Cecilia a chanté le matin pour son petit frère et s’est assurée qu’il ait tous ses nounours avec lui. Maintenant, c’est elle qui s’occupe des peluches de Benedict.

Benedict a passé cette nuit dans son berceau à côté de nous et le matin je lui ai mis les habits que j’avais achetés exprès pour cette occasion. C’était dur de l’habiller pour la dernière fois et de le mettre ensuite dans le petit cercueil. C’était encore plus dur de fermer le couvercle en sachant que je n’allais plus jamais voir sa jolie figure. Je suis heureuse d’avoir tant de photos, je les regarde souvent. Nous avons mis beaucoup d’objets à côté de lui dans son cercueil : un lapin en peluche, la moitié d’un pendentif (je porte l’autre moitié sur moi), des perles de rosaire, un porte-bonheur (qui avait été fixé sur sa couverture de baptême), un pins avec un ange gardien, une lettre de sa marraine, un dessin de Cecilia, une boucle de cheveux de chacun de nous quatre. Nous avons enveloppé Benedict avec tendresse dans une douce couverture que je lui avait cousue. Nous l’avons transporté dans notre voiture à l’église ; c’était triste de réaliser que c’était la seule fois où nous roulions à cinq dans notre auto.

L’enterrement n’a pas été aussi difficile à supporter que je craignais. Normalement, les enterrements me bouleversent BEAUCOUP, et je pensais que cela allait être pareil pour celui de mon fils. Un enterrement est normalement l’endroit où on fait ses adieux et son deuil. Mais nous l’avions déjà commencé, quatre mois auparavant - ainsi l’enterrement n’a pas été aussi intensif que prévu. Naturellement, j’étais triste, mais pas hystérique comme je le redoutais. Benedict est maintenant enterré à côté de Thomas Walter, dans le cimentière tout près de chez nous. C’est très triste de se rendre là-bas et de voir sa petite tombe, mais je suis content qu’il se trouve juste à côté de son cousin. C’est un réconfort de les savoir l’un à côté de l’autre, surtout parce qu’ils sont morts de la même malformation. Ils ont un autre cousin, Peter Francis, enterré non loin d’eux. Il fait bon les savoir ensemble.

Vous êtes peut-être étonnés que j’utilise des expressions comme " merveilleux " ou " parfait " pour notre fils qui souffrait d’une malformation si évidente. Mais il ETAIT très beau et parfait et toutes les autres jolies expressions qu’on utilise pour un nouveau-né. IL ETAIT MON FILS ! ! J’aime Cecilia et Sebastian non parce qu’ils sont en bonne santé, mais parce que ce sont mes enfants. Benedict me manque beaucoup, mais je n’échangerais sa vie contre rien au monde. Et même si ce fut l’expérience la plus douloureuse à vivre jusqu'à présent, ce fut en même temps la plus belle.

Benedict a passé toute sa vie dans les bras de personnes qui l’aimaient - qui peut demander une plus belle vie ?

Teresa Streckfuss

Des photos de Benedict se trouvent sur la page des photos

Site Internet en anglais avec possibilité de contacter les parents

L'histoire Charlotte Mary, la petite sœur de Benedict

Dernière mise à jour de cette page: 25.09.2007